Wu Liangyong: Grand manifeste de notre ère
2010/02/25

Wu Liangyong, né en 1922, est membre de l'Académie chinoise des Sciences et de l'Académie chinoise d'Ingénierie, et également professeur au département d'Architecture de l'Université Tsinghua. Il a dirigé de nombreux projets d'envergure, dont la conception de la nouvelle Bibliothèque de Pékin et l'élargissement de la Place Tiananmen.
Les expositions universelles sont l'expression de leur temps. J'ai visité les Expos de Hanovre et Osaka. Chacune illustrait un thème suivant la culture et le développement de leur ère : celle de Hanovre portait le thème « Humanité, nature, technologie », tandis que celle d'Osaka était baptisée « Progrès et harmonie pour l'humanité ». Parmi les autres Expos, celle de New York (1964) avait pour thème « La paix à travers la compréhension », et celle de Paris (1937) « Arts et techniques dans la vie moderne ».
Le thème de l'Exposition universelle de Shanghai 2010 est « Meilleure ville, meilleure vie ». Le fait de lier les belles villes à une vie épanouie est un grand manifeste qui adresse les problèmes et les espoirs de notre époque.
Le pavillon de la Chine pour cette Exposition internationale célèbre la culture chinoise urbaine, dont l'étendue a été reconnue par les experts, mais pas encore assimilée entièrement par le reste du monde. Le camarade Li Changchun a suggéré dans le passé que la culture des colonies de peuplement chinoises devrait être intégrée dans la culture traditionnelle de la nation, dans un projet intitulé « Invention ancienne chinoise, la boussole ». Des études sont toujours en cours pour l'application de cette idée. Lors de cette Exposition universelle d'influence organisée par Shanghai à l'aube du XXIe siècle, le pavillon chinois promouvra la culture traditionnelle des villes chinoises ainsi que leurs réalisations actuelles.
Le thème « La sagesse chinoise dans le développement urbain » guidera les expositions de ce pavillon.
La culture urbaine chinoise est aussi longue et profonde que son histoire. En nous efforçant d'atteindre le noyau de son essence spirituelle, nous explorons les idées suivantes :
1. L'intégration des villes et la nature. Ces deux entités sont inséparables. Des peintures qui représentent des villes ou paysages chinois véhiculent toujours leur charme poétique, en contraste aux anciennes méthodes occidentales qui préconisent l'aquatinte pour dépeindre les villes.
2. L'intégration des villes et des villages. Traditionnellement, les villes et villages chinois détiennent le cœur de la nation. Ils travaillent en profit mutuel et coexistent en harmonie. Dans le tableau de Wang Ximeng, Mille li de rivières et de montagnes, on peut voir que les villes, villages, montagnes, fleuves et lacs convergent tous vers une même entité, dans une scène qui évoque une inspiration particulière.
3. Le lien entre les villes et leurs divers aspects tels que la civilisation, l'architecture, l'ingénierie, la technologie et les transports. Les villes regroupent plusieurs cultures urbaines hautes en couleurs qui se superposent sur l'espace physique. Par exemple, le tableau Le Jour de Qingming au bord de la rivière capture de manière vivante et avec précision la vie urbaine trépidante et l'atmosphère splendide d'une ville chinoise au XIIe siècle.
4. Le concept philosophique d'harmonie entre homme et nature et l'ingéniosité de l'activité humaine. On peut citer en exemple le Grand Canal Beijing-Hangzhou et les scènes urbaines les plus représentatives de la Chine.
Les quatre points précédents sondent un contenu riche d'après des exemples réels que l'on peut trouver dans les œuvres littéraires et artistiques. Elles évoquent la sagesse incarnée par les villes chinoises.
Peut-être sommes-nous devenus trop habitués à cela pour percevoir ces concepts clairement. Aujourd'hui pourtant, nous utilisons la plateforme de l'Exposition universelle de Shanghai pour renouveler leur exploration et pour enrichir notre compréhension de notre héritage culturel. Nous cherchons un grand rajeunissement de la culture chinoise.
La Chine nouvelle a connu un réaménagement en profondeur de ses villes depuis sa fondation il y a soixante ans, et depuis la mise en œuvre nationale des politiques de réformes économiques et d'ouverture il y a trente ans. En commençant par des efforts pionniers dans la Zone économique spéciale de Shenzhen, nos progrès ont été stupéfiants. Ces réalisations peuvent être résumées comme suit :
Premièrement, le développement régional. La Chine a conçu des politiques de développement régional dès le Ve siècle av. J.-C., comme on peut le voir dans « Yu Gong », le premier classique chinois sur la géographie régionale. Dans les temps modernes, plusieurs régions comme le delta du fleuve Yangtsé, le delta de la rivière des Perles, Beijing, Tianjin, le Hebei et le golfe de Beibu ont connu un développement sans précédent et fait de grands progrès en politique, économie, science, technologie et dans d'autres domaines, annonçant l'émergence de zones métropolitaines de classe mondiale.
Deuxièmement, l'attention insuffisante portée sur des questions telles que le poids environnemental sur les milieux urbains et l'exploitation des richesses rurales. Aujourd'hui cependant, on observe une nouvelle prise de conscience de ces problèmes et des efforts innovants sont en cours pour les résoudre. Plusieurs campagnes de reforestation de terres cultivées et de protection des espaces naturels pittoresques ont été lancées ces dernières années, améliorant largement les perspectives écologiques de l'ouest de la Chine.
Troisièmement, les leçons tirées de l'Occident. La nation chinoise a été capable au cours de l'Histoire de se construire en puisant dans les expériences des autres. Nous avons ouvert nos esprits à adopter les meilleures pratiques et accompli de grands progrès en adaptant ces expériences au bénéfice de notre développement.
Quatrièmement, la protection de nos traditions. La Chine chérit sa culture, son histoire et ses coutumes. Nous les considérons comme le cœur de notre civilisation et nous cherchons à harmoniser le passé avec le présent et le futur.
Pourtant, la route reste pavée d'embûches. Lewis Mumford, expert humanitaire occidental de renom et défenseur de meilleurs environnements de vie urbaine, s'interroge dans les paragraphes de conclusion de son œuvre « La cité à travers l'Histoire » pour déterminer si le développement urbain doit s'orienter vers la vie culturelle ou la promotion de l'expansion technologique sans entrave. Convaincu que l'Occident poursuit cette dernière voie, il cite la peinture chinoise Le Jour de Qingming au bord de la rivière comme exemple de la première.
« Les caractéristiques uniques de ces différentes scènes, professions, activités culturelles et personnages, peuvent produire des combinaisons illimitées, permutations et variations », écrit-il. « C'est une cité pleine de vie plutôt qu'une ruche parfaite ».
En essayant d'intégrer les réalisations chinoises anciennes et modernes, nous nous sommes fermement placés sur la voie de l'harmonie. Nous avons choisi d'adapter les utilisations de la science et de la technologie pour un bon développement des villes chinoises. Le succès de la reconstruction de Tangshan et le développement en cours de Wenchuan après le séisme dévastateur de 2008 témoignent de notre préoccupation pour la vie du peuple et ses conditions de vie. Assurer une meilleure vie aux résidents urbains et ruraux est notre principe directeur.






